Nous sommes en juin 1966, Anne écrit aux Cahiers du Cinéma  un courrier destiné à Jean-Luc où elle lui dit qu’elle a aimé son dernier film « Masculin-Féminin »… . Il l’appellera dans la foulée et la rejoindra à Montfrin dans le Sud à plusieurs reprises. De retour à Paris, pour passer l’oral de rattrapage en septembre, elle est dans un état d’esprit bien particulier « Au fur et à mesure que le train approchait de Paris, l’euphorie dans laquelle j’avais vécu ces derniers jours disparaissait. Me venaient à l’esprit des pensées très noires concernant mes sentiments à son égard, les siens, ma famille. Comment concilier ma vie avec celle d’un homme célèbre, un cinéaste qui tournait deux films en même temps, qui avait dix-sept ans de plus que moi ? Tout ce qui nous séparait et qui n’avais jamais existé à Montfrin s’incarnait maintenant de façon très réelle. »

Ces quelques mots d’Anne Wiazemsky résument parfaitement son livre. Anne très jeune est confrontée à un univers qui la fascine, elle qui a déjà tourné dans un film, qui aime le cinéma et qui vit dans un milieu plutôt bourgeois et rigide avec un grand-père extrêmement présent et important pour elle : François Mauriac.  Elle décrochera son baccalauréat et ira étudier la philosophie à Nanterre. L’université commence à s’agiter, elle y croisera Dany déjà très engagé… nous sommes en 1967. Elle fréquentera les amis de Godard, tournera dans « la Chinoise ». Elle  nous fait découvrir un Godard peu sûr de lui parfois, on comprend alors son côté provocateur érigé en protection. Elle épousera Jean-Luc, malgré ses peurs paniques de l’engagement,  sa difficulté à quitter sa famille… .

Parce que c’était elle, parce que c’était lui

« Je n’aurai pas su l’exprimer à l’époque, mais dans mon histoire pour Jean-Luc, il y avait l’amour de son métier, de ses films et de ses amis : j’étais autant amoureuse de lui que de son univers…. lui intuitivement devait le comprendre et savait ce qu’il gagnait en m’entrainant à sa suite ».

Anne Wiazemsky est plutôt talentueuse et nous entraîne facilement dans son histoire. Je suis arrivée à la page 262 en un éclair.  Malgré tout, ce livre aurait-il eu autant de succès si ces protagonistes n’avaient pas été aussi célèbres  ? On passe néanmoins un agréable moment avec les cinéastes de la nouvelle vague dans un contexte pré-68.