Jean-Pierre vient d’avoir un accident (on ne sait pas trop ce qui s’est passé, lui non plus) et il se retrouve dans une chambre d’hôpital, plus que diminué physiquement mais suffisamment en forme pour ne pas avoir perdu son côté râleur, bourru et vieil ours mal léché.

On a du temps, beaucoup, trop,  lorsque l’on passe sa journée allongé. Une journée organisée avec ses rituels qui s’enchainent, à la minute prêt, sans surprises.

Mais, Jean-Pierre va pourtant faire des rencontres, beaucoup plus que dans sa vie extérieure et surtout inattendues : de Maeva cette gamine sans gêne qui passe de temps en temps pour lui emprunter son ordinateur, au flic qui suit l’enquête après l’accident de Jean-Pierre (et qui croit reconnaître en lui  son père défunt) en passant par Camille… . Et puis, il a du temps notre héros, alors il écrit ses mémoires…

L’art de raconter avec humour

Marie-Sabine ROGER a l’art de nous raconter des histoires. Ces personnages deviennent alors très vite sympathiques. Ces rencontres improbables nous enchantent et nous font passer un très bon moment de lecture.  Des dialogues simples et d’une grande efficacité ! On retrouve la patte de l’auteur de « la tête en friches » avec la jolie rencontre entre Germain et Margueritte magnifiquement portée à l’écran par Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus.

« Mon frère et sa femme Claudine ne partagent plus grand-chose. Un vieux couple de vieilles bêtes, chacun penche de son côté. Il souffre de colites parce qu’elle le fait chier. Elle a des céphalées parce qu’il lui prend la tête… »

« Chose promise, chose due : le kiné est venu.Il a établi un programme olympique et, depuis quelques jours, nous avons commencé ma rééducation. Je dis « nous » car j’ai l’impression qu’il mouille sa chemise encore plus que moi. Je le sens motivé. Il marchera avant moi. »

« Dix heures du matin. La chieuse est de retour. C’est devenu une plaie récurrente : tous les jours, elle se pointe à la porte à heures variables et se dandine jusqu’à ma chaise, de son pas de caneton obèse.  Une fois effondrée – car elle ne s’assied pas, elle se laisse tomber – elle mâchouille son chewing-gum, ce qui me laisse profiter de l’image et du son. Je me montre aussi froid et distant que possible avec elle, et je ne pense pas me vanter en disant que mon possible dans ce domaine, n’est pas loin de l’infini. Elle n’en a cure, la plaie d’Egypte. Pire, je crois qu’elle m’aime bien. »